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Je m’appelle Julie. J’ai vingt-six ans. Je suis maman de deux enfants. En devenant mère, j’ai déchaîné une tempête dans ma vie.
Mes écrits ont d’abord été personnels. J’écrivais à droite et à gauche des événements marquants de ma vie. J’avais besoin de laisser exploser ma joie aussi bien que de hurler ma colère ou ma tristesse. Puis, généralement, j’abandonnais ces « bouts de moi » dans un coin.
Un jour, j’ai eu envie de les partager. Alors j’ai rassemblé ces textes que j’avais semés et je les ai retravaillés sous la forme d’un journal. J’avais envie d’emporter ceux qui me liraient dans ce tourbillon.
Etre mère est un parcours semé d’embûches; mais c’est aussi une expérience merveilleuse, un passage sacré, une quête de soi-même,… C’est ce que je souhaite raconter dans mon récit.
J’ai ouvert mon cœur en écrivant.
Je suis tout simplement une femme qui raconte une partie de son histoire.
Cinq ans de ma vie ou comment je suis passée d’une première grossesse suivi par un gynécologue (entre touchers vaginaux et échographie tous les mois), un accouchement médicalisé et une dépression post-partum à une deuxième grossesse suivi par une sage-femme (entre homéopathie et acupuncture), un accouchement naturel et un épanouissement en tant que mère et femme.
Mon manuscrit est un journal intime ouvert à ceux qui le désire : femmes, mères, parents, pères, hommes,…
Découpé chronologiquement, mon récit commence un soir de noël 2004 et se termine à la même période en 2009, rythmé de quelques poèmes et de quelques synthèses de mes lectures et recherches.
J’écris déjà depuis quelques années. Mais bloquée par ma dyslexie, j’ai toujours gardé mes textes cachés. Il y a quelques mois, j’ai sauté le pas en écrivant un témoignage pour une revue de la Leche League. Puis j’ai eu quelques échanges avec l’écrivain qui avait fait paraître mon texte au milieu d’autres. Ce fût le déclic. J’avais envie de partager plus.
Vous trouverez ci après des extraits de mon livre.
Si vous êtes intérressez n'hésitez pas à me contacter sur mon mail: lepetitmonde.dejulie@yahoo.fr
voici des extraits de mon livre:
"Voilà, depuis quatre mois, nous sommes en essai pour concevoir un bébé.
C’est là que je débute mon journal. Pourquoi à cette date?
Parce que c’est Noël?
Non, parce que j’ai un retard d’une semaine et que nous espérons...
Nous avons réveillonné chez mes parents, mais mon esprit était ailleurs. Je pensais à ce bébé que nous essayons d’inviter dans cette vie, à mes parents qui sont contre (je serais trop jeune), à mon grand-frère et à ma grande-sœur qui n’ont pas d’avis pour le moment.
Puis je pense à l’homme que j’aime. Ce grand dadet qui m’aime et me protège chaque jour. Bientôt deux ans et six mois que nous nous connaissons. Bientôt deux ans que nous vivons ensemble.
Oui, je peux comprendre que pour beaucoup cela aille trop vite. Mais pas pour nous. Le regretterais-je un jour? Qui peut savoir? Pour le moment nous avançons l’un et l’autre vers ce que nous voulons: une famille.
Il est quatre heure du matin quand je me lève avec une envie incroyable de faire pipi! Alors je déballe mon test. Nous n’allons pas gâcher cette si bonne urine du matin!
J’ouvre le test. Il est bien emballé ce machin! J’ai l’impression de forcer le coffre fort d’une banque tellement il est protégé. Mince! Si ça continue comme ça, je vais me faire pipi dessus! Je me dandine tout en tirant sur ce foutu emballage !
Ouf! Il est enfin ouvert.
Je m’installe sur les toilettes et j’urine.
Ce sont les trois minutes les plus longues de ma vie. Un + et notre vie va changer à jamais. Un - et notre vie restera la même encore pour quelques temps.
30 secondes...
1 minute...
1 minute 30...
2 minutes...
2 minutes 30...
3 minutes.
Je peux enfin regarder! Je suis seule sur mes toilettes. Stéphane dort. Je voulais voir le résultat en même temps que lui. Vais-je le réveiller ?
Non ! A quoi bon si c’est négatif ? ! J’attrape le test posé derrière moi. J’ai les yeux fermés.
Je les ouvre, le cœur battant. Je n’y crois pas trop, mais ce moment est toujours fort, comme quand nous montons dans les montagnes russes et qu’elles vont bientôt démarrer. Nous arrivons tout en haut et le train va bientôt redescendre. Le cœur s’emballe. La machine est lancée. Nous sommes obligés de suivre le mouvement.
Là, c’est pareil. Nous sommes tout en haut du manège. Il va falloir redescendre. Le manège va-t-il nous plaire ? En redemanderons-nous (même si dans ce cas ce n’est pas possible. Nous aurons d’autres moments agréables, mais la bonne surprise de découvrir que nous sommes enceintes ne viendra qu’à une prochaine grossesse) ? Ou alors allons-nous avoir une énorme déception et devoir attendre un autre manège pour ressentir une immense joie ?
Allez, j’ouvre les yeux. Je suis bien obligée à présent !
Le train se jette dans le vide."
"Troisième jour ! J’attends ma montée laiteuse! Je sais qu’elle peut arriver à tout moment maintenant ! Je me sens comme une ado qui va recevoir son premier soutif !
Bientôt, ça en sera fini des biberons. Maudits biberons qui traînent sur ma table de nuit ! Ils ont calmé ma fille et pourtant je les regrette. N’y avait-il pas d’autres solutions ? Je ne sais pas et je suis très fatiguée. Je me sens seule. Profondément seule. Tous les jours, j’attends l’arrivée de Stéphane avec impatience. Quand il repart, il emmène mon cœur avec lui. La nuit, je suis en manque de sa chaleur. La journée, il n’est pas là pour m’aider avec ce bébé que j’ai de plus en plus de mal à comprendre. Il n’est pas là pour nous protéger. Nous ne construisons pas notre famille à trois. J’ai l’impression de la construire seule avec ma fille.
8h. Il arrive enfin, comme tous les jours. Je l’accueille avec Chiara au sein et un sourire. Que c’est bon de te voir mon amour!
Aujourd’hui, les visites se calment. Nous serrons seulement tous les trois. Le repos nous fera du bien. J’ai prévu de profiter de cette journée, rien qu’à nous.
Chiara finit de téter. Je la tends à Stéphane. Mes seins sont tous durs ! Le lait est enfin là ! Il arrive. Je suis joyeuse ! Je vais pour l’annoncer à Steph, quand une jeune puéricultrice entre dans ma chambre.
« Bonjour. Je viens voir si ça se passe bien. »
Elle regarde le papier sur lequel je dois écrire toutes les tétées, les selles, les urines,... mais elle ne me regarde pas MOI.
« Olalal mais ce bébé tète toutes les heures?!
-Euh ...Oui.
-Mais ce n’est pas bon du tout ça!
-Pourquoi?
-Il faut le faire patienter sinon vous allez devenir son esclave. Il ne faut pas entrer dans son jeu! Toutes les deux heures pas plus! Et dix minutes à chaque sein! S’il réclame avant, vous le faîtes patienter. Vous lui faites téter votre doigt ou une tétine. On en a à la nursery.
-Euh... D’accord.
-Je reviendrai voir comment ça se passe.”
Une heure après Chiara réclame. J’ai les seins complètement tendus. Ai-je eu un lavage de cerveau ? Pourtant non ! Alors pourquoi me suis-je mise à écouter cette puéricultrice ?! J’entends les petits bruits de succion que fait Chiara quand elle veut téter. Mais elle ne pleure pas encore. Alors j’en conclus que cela ne doit pas être si pressé. Je la fais patienter comme me l’a indiqué la puéricultrice.
Chiara commence à râler. Je lui donne mon doigt à téter pour éviter qu’elle pleure. A ce moment là, je me demande, quand même, quelle différence il y a entre un doigt dans la bouche et un sein ? Je suis tout autant “esclave”, voir plus. Mais je continu à la faire patienter.
Pourtant, je sais. Pourtant, j’ai lu. Je sais qu’un bébé allaité peut digérer le lait en vingt minutes en moyenne. Je sais qu’on ne fait pas attendre un bébé allaité. Au contraire, il faut lui donner à volonté ! Surtout le jour de la montée laiteuse ! Alors pourquoi ai-je écouté cette bonne femme ? Pourquoi me suis-je ainsi mise en danger ?
Au bout de quelques minutes, Chiara pleure et mon cerveau me dit que je suis en train de faire une terrible erreur ! Chiara se met à hurler. Elle pleure. Elle me réclame. Je suis absente. Pire ! Je suis là, mais je ne lui réponds pas, comme si son bien-être n’avait plus d’intérêt à mes yeux. Mais je tais encore la petite voix dans ma tête et nous continuons à la faire patienter. Nous essayons tout pour la consoler, mais rien n’y fait. Mes seins sont de plus en plus tendus. Je commence vraiment à avoir mal. Vraiment mal. J’ai l’impression que ma peau est en train de craquer. Ca me brûle. Je donne ma fille à son père. Son contact peau à peau est pire. Elle cherche à téter et mes seins se tendent encore plus. J’ai envie de pleurer. J’ai terriblement mal. J’entends mon petit bébé hurler sa douleur, sa peine et son incompréhension. La petite voix dans ma tête crie de plus en plus fort que je fais une erreur! D’un coup, je reviens à moi! Je dis à Stéphane:
« Attends ! C’est complètement débile ! Quand je n’avais pas ma montée laiteuse, il fallait absolument la calmer avec le lait d’une vache. Maintenant que j’ai mon lait, je n’ai pas le droit de lui donner ! »
Je reprends ma fille et la met à mon sein douloureux. Mais il est trop plein et trop tendu. Elle n’arrive pas à l’attraper. Moi, le moindre frottement me fait souffrir. Je serre les dents pour résister à la douleur. J’essaye d’aider mon rayon de soleil à prendre le sein. Mais j’ai réellement l’impression d’avoir un soleil accroché à mes seins. Cela brûle horriblement. Mes seins sont comme deux ballons sur le point d’éclater. Chiara s’énerve et se remet à hurler. Je me mets à pleurer aussi. Je tends mon bébé à son père. Pauvre Stéphane, il est désemparé.
Que fait cette puéricultrice qui avait dit qu’elle reviendrait ! Je vais devenir folle !
« Stéphane je vais voir si quelqu’un peut nous aider. »
Je sors en séchant mes larmes, portant des boules de feu en guise de poitrine. Je suis à bout de nerfs. En remontant le couloir, j’essaye de me calmer.
J’arrive à la nursery. Personne! Une femme grisonnante et rondouillette sort de la salle du personnel. Je lui demande où est Myriam.
« Ah mais Madame, les équipes ont changés! Elle est rentrée chez elle. »
Mon cœur fait un bond. La colère, l’incompréhension, le sentiment d’abandon me montent au nez. Les larmes, elles, montent aux yeux. Je les ravale et explique mon calvaire à cette femme.
« Bah écoutez, allez prendre une douche bien chaude et essayer d’extraire votre lait. Pour votre bébé, essayez un biberon. De toute façon, ils peuvent pas pleurer des heures. Vous en faites pas, ils s’arrêtent toujours au bout d’un moment.
-Vous ne venez pas m’aider...
-Essayez ce que je vous ai dit. Si ça ne va toujours pas, vous aurez qu’à sonner. Quelqu’un viendra. »
Je ne dis plus rien. Je gêne. C’est évident. Je prends le couloir dans l’autre sens. Je me sens plus seule que jamais. Je me résigne et m’apprête à gâcher mon lait dans la douche et à donner celui d’une autre femelle animale à mon bébé.
Je suis tellement anesthésiée par tout ce qui vient de se passer, que je ne remarque pas le silence dans le couloir. Je pénètre dans ma chambre. Ma fille s’est endormie dans les bras de son père. Je suis soulagée pour elle. Elle ne souffre plus. Je peux à présent m’occuper de mes seins.
Je vais sous la douche et passe l’eau tiède sur mes seins. Le lait jaillit seul. J’ai mal. Cela ne me soulage même pas. Je pleure. Je sanglote dans la douche désespérée de tout faire de travers. Mon corps est secoué, balloté par mes pleurs. Je lâche tout. Je me sens si mal.
Avant de sortir de la douche, je me calme. Je me sèche et m’habille. Mes seins sont encore très douloureux, mais c’est supportable.
Je sors de la salle de bain. Chiara dort toujours dans les bras de son père. J’en profite pour dormir aussi. Mais la douleur va m’en empêcher. Je n’ai pas envie de pleurer, alors je garde les yeux fermés et essaye de vider ma tête. Mes seins inondent le lit. Cela ne me soulage toujours pas. Je n’ai qu’une envie me mettre n’importe quel bébé au sein!
Stéph et moi ne nous parlons presque pas. Je n’imaginais pas notre “belle journée” ainsi.
Chiara se réveille. Elle réclame mon corps et mon lait en hurlant. Elle est toujours dans la détresse.
J’ai peur : ne va-t-elle pas refuser mon sein encore une fois ? Et si elle réclamait un biberon ? Mes trois mois d’allaitement vont se réduire à trois jours ?
Je la prends contre mon corps douloureux. J’ai l’impression d’avoir été ruée de coups. Je porte deux soutiens gorge pour soutenir ma poitrine. Mes seins sont extrêmement lourds. J’ai mal au dos.
Chiara ouvre la bouche en grand et boit. Elle vide un premier sein. Je pleure de soulagement. Chiara ne m’en veut pas et elle tète! Je ne souffre plus et elle ne souffre plus.
Elle prend le deuxième sein et le vide complètement. Elle finit par s’endormir dans mes bras. Au début, serrant ma chemise avec ses poings ; puis, se laissant aller complètement.
Le foutu papier de la maternité restera dans la table de nuit. Je ne le remplirai plus! "
"Très doucement les choses commencent
Le vent, la nature, le passé, le présent, le futur, tout s’emmêle
La musique de mon corps s’emballe
Bientôt je serais plus femme plus animale
Au rythme de tout je me balance
Girafe, baleine, biche, lionne, koala, louve,... je suis toutes ces femelles
La douleur ne me fait pas mal
Bientôt je serais une amazone fière, belle,...
Le temps passe
J’écoute mon corps
L’esprit à tort
Le temps danse
A la fois seule et tellement entourée
Je suis chez moi protégée
Enveloppée dans la douceur de mon foyer
Je sens les murs respirer
Je suis chez moi préservée
Je connais toutes les odeurs qui m’entourent
Je reconnais tout ce que nous avons construit
A chaque regard je suis touchée par notre amour
A chaque respiration j’en mange le fruit.
Le temps passe
J’écoute mon corps
L’esprit à tort
Le temps danse"
Début d'un poème faisant deux pages.
"Ta venue au monde ma petite bulle.
Vers minuit, je vais me coucher. Mais impossible de dormir. J’ai de belles contractions. Toi, mon flocon de neige, mon petit Loevan, tu ne bouges plus. Je ne m’inquiète pas. Je te “sens” encore. Je sais que toi aussi tu perçois que le travail est imminent, que ces contractions commencent à te fatiguer aussi. Tu te reposes tout simplement.
Vers minuit et demi je me lève. Je dis à Stéphane d’aller se coucher.
« Pourquoi? me demande-t-il.
-Je ne suis pas sûr mais c’est peut-être parti. »
Je l’entends se lever. Je lui dis que je mets deux lessives (pour être tranquille si effectivement la naissance est imminente) et que je prends un bain.
1h du matin. Je ne suis toujours pas dans le bain. Mes deux lessives sont en train de tourner; l’une sèche, l’autre lave. Mais je n’ai plus rien niveau contractions. J’avais commencé à y croire. Je suis déçue, triste, un peu en colère contre moi-même. J’ai envie de pleurer. Je vais sur le forum. Pour Elisabeth aussi c’était une fausse alerte. C’est vraiment une soirée nulle ! Je décide de prendre mon bain quand même, tant qu’à être debout.
Dedans je caresse mon ventre. Je te caresse mon fils et tu me réponds. Je te “lave” avec ma chantilly à la fraise (merci Claire). J’adore cette odeur. Elle accompagne mes bains en cette fin de grossesse. Cela m’apaise. Je te caresse. Tu me réponds. J’ai encore ce pressentiment. Je sais que ce sont nos dernières caresses à travers mon ventre et qu’il faut que j’en profite.
Je me moque de moi-même! Arrête d’y croire Julie! Non, ton fils ne viendra pas avant deux semaines! Ne te torture pas!
Une autre contraction.
Je me persuade que ce n’est rien. Pourtant je continu à te caresser ma petite bulle, mon petit flocon de neige, mon cadeau de Noël. Je voudrais continuer ce moment de complicité pendant des heures, mais je me sens fatiguée. Il est 1h30 et il faut que j’aille me coucher.
Je m’endors avec ce pressentiment que j’essaye encore de chasser. Une voix me dit que tu seras là ce week-end. Mais j’essaye de crier plus fort que ce n’est pas possible.
Je m’endors.
3h du matin. Une contraction me réveille. C’est reparti. Mon pressentiment va prendre de plus en plus de place, même si un gros doute va résister jusqu’à la toute fin! Les contractions sont irrégulières mais douloureuses. J’arrive à dormir par coupure jusqu’à six heures du matin.
Là, j’ai ouvert les yeux. Impossible de me rendormir. Je ne dis rien. Je reste au lit. Le rythme de ce “travail” reste bizarre. Je sais au fond de moi qu’il se passe quelque chose mais j’ai peur de réveiller la maison pour rien. En fait, mes contractions arrivent par série. J’ai des contractions toutes les trois minutes environ, mais il y a des pauses de dix à quinze minutes très souvent. Après ces pauses, la série qui suit est plus forte, plus intense.
7h. Chiara me rejoint au lit. Notre chatte aussi. Elle s’installe sur mon ventre et ronronne. Les ronrons me font du bien. Ils se propagent dans mon ventre pendant la contraction et me détendent. Je les entends vibrer dans tout mon être et cela fait du bien. J’ai toujours été très sensible aux ronronnements, mais je ne pensais pas que cela pouvait me soulager pendant le travail. Je câline ma fille. Ce moment est très agréable. Je ne l'oublierai jamais.
Je laisse Stéphane dormir encore un peu. Il va avoir besoin de force.
8h. Je réveille Stéphane. Assise, les contractions sont trop insupportables. J’ai besoin de bouger et il va falloir préparer les choses. Il y a des choses que nous n’avons même pas encore achetées (nous n’avons pas assez d’alèses, pas de barre de traction - qui au final ne sera jamais installée! Il nous manque une bâche,... ).
Steph se douche, boit un café et part. Je mets Chiara devant “la fée clochette”. J’appelle ma mère avant qu’elle ne parte au travail. Elle devait me donner des draps, des couvertures,... pour l’accouchement. Je veux qu’elle les prépare pour mon père au cas où. Elle répètera plusieurs fois “oh ma puce oh ma puce oh ma puce”. Je l’ai appelée, elle, croyant qu’elle paniquerait moins que mon père. C’est raté !
Je contracte toujours. Steph n’est pas là. J’ai besoin de confier mon stress et mes peurs. Si jamais c’était une fasse alerte! Je vais sur le forum et je discute, excitée comme une puce.
9h. J’appelle mon père. Il est très serein. Je suis surprise. Je lui explique que je préfère qu’il parte maintenant, même si je ne suis sûre de rien. Avec les quarante-cinq minutes de route, c’est plus prudent. Je lui dis que je n’aurais sûrement pas douché et habillé Chiara. Elle sera encore en pyjama. Il me dit d’une voix très calme et très rassurante que je n’ai pas à m'inquiéter de ça. Il sera là vers dix heures.
Ca continue à s’intensifier. J’appelle Christine. Je ne suis toujours sûre de rien. Mais elle a un peu plus d’une heure de route. Je préfère donc qu’elle se tienne prête. Elle me demande si je pense que c’est imminent. Je lui dis non. Elle partait sur Versailles (donc une heure pour y aller et une heure pour nous rejoindre, environ) pour voir la maman qui a accouché chez elle quelques jours avant. Je lui dis qu’elle peut continuer son planning. Elle me dit qu’elle voit cette maman comme prévu et qu’ensuite, quoi qu’il arrive, elle passe chez nous. Je suis un peu gênée de lui faire annuler ce qu’elle avait prévu avec sa famille ce samedi, alors que je ne suis sûre de rien. Mais je suis rassurée dans deux ou trois heures elle sera là.
Je doute vraiment beaucoup. Je suis en train de tout organiser, de faire se déranger tout le monde. Et si ça s’arrêtait d’un coup!?
J’appelle Stéphane. Il a presque tout, mais certains magasins n’ouvrent qu’à dix heures! Oh dépêche-toi mon chéri. J’ai besoin de ta présence.
Là, je pense à ma Chiara. Il est neuf heures et trente minutes. Mon dieu, ton papi arrive bientôt pour t’emmener ! Quand je te retrouverais, tu seras grande sœur. J’ai les larmes aux yeux. Mon bébé, ma puce, mon rayon de soleil.... grande sœur! Je lâche l’ordinateur et je viens me coller à toi. Je te prends dans mes bras et je savoure notre “dernier” câlin. Le chat revient sur mon ventre. J’ai les larmes aux yeux tant ce moment est fort.
Quand les contractions sont là, j’ai besoin de sortir un son. Un “ooooh” très grave. Je suis dans le contrôle pour essayer de ne pas te faire trop peur ma chérie. Tu me poses des questions. Je t’explique tout. Tu te mets à faire les “oooooh” avec moi. C’est mignon, adorable, inoubliable. Je t’aime! Comme jeudi dernier, quand tu m’attrapais la main pendant le rendez-vous avec Christine. Oh mon bébé Chiara! Je ne veux pas que tu t’en ailles. J’ai encore envie de profiter de toi. Je veux arrêter le temps pour profiter encore de toi comme enfant unique. Toi, tu es excitée par l’arrivée de ton frère et tu veux à tout prix aller chez papi et mami.
Je prends un moment pour essayer de mémoriser dans mon corps, mon cœur et mon esprit ce moment entre toi et moi regardant “la fée clochette”.
10h. Papi arrive. Tu sautes de joies. Peu avant dans la matinée, j’ai préparé tes affaires, entre deux contractions et deux accès de “trouille” sur le forum. Ca y est, tu vas partir ma fille. J’en ai les larmes aux yeux. Papi est un peu fébrile, mais ça va. Il me donne les affaires, le caméscope et le cadeau de Stéphane que j’avais oublié chez eux. En sa présence, j’ai dû avoir trois contractions, peut-être plus. A chaque fois, je m'accroupis en me suspendant à un meuble. Cela me soulage énormément et je sens que je fais corps avec mon bébé dans cette position.
Stéphane arrive très vite. Tu vas partir ma Chiara. Tu pars. Un bisou. Un “je t’aime” de moi à toi et de toi à moi. Au revoir ma chérie, à bientôt pour une belle rencontre avec ton frère.
Votre papa et moi prenons cinq minutes pour ouvrir son cadeau. Assis sur les fauteuils d’ordinateur, il découvre le coffret intégral des trois saisons de sa série préférée.
Stéphane commence à tout ranger, tout préparer. Il n’y a pas beaucoup de ménage à faire. Heureusement! Mais comme je ne peux pas trop aider, c’est un peu l’urgence.
Moi, je veux prendre un bain. J’ai besoin d’être sûr que c’est bien le travail qui a débuté. Steph me demande où je veux que ça se passe. Alors que souvent j’imaginais mon accouchement en bas entre le salon, l’ordinateur pour la musique et la cuisine pour manger, je suis bien en haut sur la moquette moelleuse, dans notre chambre chaleureuse. Je ne veux pas descendre et me retrouver pied nu ou en chaussette sur le carrelage dur et froid. Il augmentera donc le chauffage dans notre chambre. Je lui demande aussi de fermer les volets partout à l’étage. Je veux simplement un peu de jour qui passe. Nous voilà dans la pénombre.
A ma demande, Stéphane fait d’abord le ménage en haut. Tout va se passer là. Je veux que tout soit déjà propre. Il passe l’aspirateur. Ensuite, nous allons changer le lit du futur bébé de pièce. Il était en side-car avec notre propre lit.
Je me sens bien dans ma chambre. C’est là que je veux rester. J’ai besoin de place pour circuler. Entre deux contractions, j’aide Stéphane à le pousser dans la chambre d’à coté. Ensuite, je vais rincer la baignoire. Les femmes enceintes sont folles. Elle était propre mais j’ai eu besoin de la nettoyer avant de faire couler mon bain. Puis je peux enfin faire couler l’eau. Un bon bain brûlant. J’adore prendre des bains brûlants. Je m’y glisse vers dix heures quarante-cinq ou onze heure.
Là, ça se stoppe. J’ai les larmes aux yeux. Steph ne croit pas à un “faux” travail. Il m’a vu m’accroupir, et faire mes “ohhhhhh”. Il est persuadé que ça va reprendre. Loevan bouge. Tu bouges mon fils. Je me souviens de mon bain une dizaine d’heure avant. Je te caresse les larmes aux bords des yeux. Je me dis qu’au pire on partagera encore quelques jours mon corps. Cela peut être magique encore un peu. Mais je suis déçue. Stéphane continu l’aspirateur et la serpillière. Il prépare le nid persuadé que ça va reprendre."
Merci de m'avoir lu.
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