Voici un petit dossier avec tous les poèmes envoyé aux magasines "grandir autrement". Je ne sais pas encore lequel a été publié. Voici un texte qui explique mon cheminement sur la question du sommeil et donc le fond de mes poèmes (vous pouvez très bien ne pas le lire si vous n'avez pas le temps je suis piplette ^^ )
D’aussi loin que je me souvienne, aller dormir m’a toujours inquiétée. Etre séparée de mes parents, ne plus être consciente de ce qui se passe autour de moi, ne pas savoir à quoi cela servait,… Pourquoi avions-nous besoin de dormir et pourquoi seul ?
Comme bon nombre d’enfants je retardais le moment du couché par des questions, par des câlins, par des « reste encore un petit peu »… peur que, quand la porte serait fermé, elle pourrait le rester à jamais. Je me souviens aussi de ces « petites choses » que l’on demande avant de se coucher parce qu’on s’en souvient à ce moment-là, comme par exemple demander un verre d’eau. Non pas pour gagner du temps comme le pensaient mes parents, mais bel et bien parce que j’avais soif ou que j’avais peur d’avoir soif la nuit. Pourtant mes parents ne me croyaient pas. Comme bon nombre d’adultes, ils pensaient que c’étaient un caprice (surement parce qu’on leur avait dit à eux aussi). Il n’est pas rare qu’on en entende encore parler des années après « Oh toi ! Quand tu étais petit, tu étais un garnement qui me demandait toujours un verre d’eau avant d’aller au dodo. » Des caprices,… cela n’étaient que des caprices. On nous a mis dans la tête, à nous parents et à nous enfants, que nos besoins primaires ne sont que des caprices et donc des demandes injustifiées. Pourtant des solutions toutes simples pourraient convenir à tout le monde : rassuré l’enfant, répondre à son besoin tout en maintenant l’indépendance que l’adulte souhaite pour l’enfant : un simple verre d’eau sur la table de nuit ou dans la salle de bain près des toilettes. C’est ce que nous avons mis en place ici. Dans notre rituel du coucher, il y a le verre d’eau rempli pour pouvoir boire quelques gorgées en cas de besoin. Cela a réglé la question une bonne fois pour toute.
Puis il y avait les rêves. Tant qu’ils étaient beaux tout allait bien. Mais souvent il y avait les cauchemars et cela n’arrangeait en rien mes inquiétudes. En outre, avec l’imagination débordante que j’avais déjà, je m’inventais tout un tas d’histoires autours du sommeil et de la nuit. Envie d’être sûre que j’existais bien pendant la nuit et que je ne disparaissais pas comme par enchantement ? Peut-être.
J’imaginais des mondes parallèles que nous visitions endormis. J’expliquais ce que je ne pouvais expliquer par pleins d’histoires… pas forcément rassurantes. Je me souviens d’une rédaction que j’avais faite en 6ème où des méchants profitaient de nos rêves pour nous enlever et nous garder prisonnier dans un autre monde. Nous y restions jusqu’à la fin de l’enfance puis ils se débarrassaient de nous. Un peu noir et sombre pour une enfant de 10 ans, mais il fallait voir l’image que nous avait donné notre prof de français pour rédiger cette rédaction ! Pas très clairs les profs parfois ! C’est aussi cette année que j’avais été traumatisé par la visite d’un camp de concentration et des chambres à gaz… En 6ème ! Mais bon ceci est un autre sujet… Alors passons et revenons sur le sommeil.
Je n’ai jamais compris cette solitude pendant le sommeil. Pourquoi étions-nous seuls quand nous nous réveillions en sursaut ? Pourquoi n’est-ce pas les bras de nos parents qui nous accueillaient ? Et pourtant les miens surgissaient quand nous les appelions. Malheureusement cela ne me suffisait pas. Je me souviens que j’avais plus d’une centaine de peluches qui formait un cercle autour de moi et qui me protégeait des monstres. Un rituel qui me rassurait.
Dormir seul jusqu’à trouver la personne qui dormira avec nous pour toujours.
Nous forçons les enfants à apprendre à dormir seuls ; pendant que, une fois adulte, nous passons le reste de notre vie à chercher quelqu’un qui fera que nous n’aurons plus jamais à le faire.
Toujours la même ironie en somme! Dort seul pendant que nous nous dormons ensemble. Tape pas alors que moi je te tape. Cris pas mais moi si !...
Ceux qui ont mon suivi depuis ma première grossesse ou qui ont suivi ce blog savent comment nous en sommes arrivés au cododo (et j'ai justement fait un article il y a quelques jours qui le résume). Un bébé malade qui pleurait des heures durant et qui se calmait seulement contre nous. Ainsi que le manque que nous ressentions, nous parents, pour ce nouveau-né qui avait partagé mon corps, et notre lit donc, le temps d’une grossesse. La nuit l’absence pesait à tout le monde. Mais, plus fort que ce besoin, nous étions encore dans la culture de la séparation inculquée dès l’enfance pour toute la société. Cette culture qui sous entend que si nous ne poussons pas l’enfant vers l’indépendance, il ne la prendra pas lui-même. Ce mode éducatif qui ne fait ni confiance aux parents ni confiance aux enfants. A cette époque, nous ne voulions pas avouer (même pas à nous-mêmes) que nous répondions à des "caprices"… les siens et les nôtres. Au début, nous avons donc pratiqué un cododo sauvage, un cododo de la « honte » ; et oui chacun sa place ! Puis nous nous sommes renseignés, nous avons lu et petit à petit nous avons été persuadés que les bébés et les enfants avaient besoin d’être rassurée même la nuit (surtout la nuit !). Nous avons compris que nous n’arrêtions pas d’être parents une fois la lumière éteinte. Enfin, nous avons donné à nos enfants ce que la société occidentale leur refuse depuis des générations : une sécurité physique et affective, un sommeil serein et naturel et non pas un dressage pour leur apprendre à nous laisser tranquille, un dressage pour nous parents pour nous couper de nos enfants et enfin un dressage pour chaque génération de se couper de soi-même et de ce que nous ressentons.
Nous avons pu dire à notre « nous-enfant » que non ce n’était pas des caprices. Je crois bien que c’est ce dernier mot qui pose problème. Nous l’avons tout simplement enlevé de notre vocabulaire. Nous avons décidé que tant que nos enfants en auraient besoin, ils dormiraient près de nous. Nous avons pu autoriser notre nous parents à s’écouter. Nous nous sommes affranchis de nos chaines. Oui, à chaque fois nous nous préparerons à partager notre lit pour quelques mois à quelques années. Rien n’est figé. Nous suivons nos enfants. Nous les accompagnons du nid jusqu’à l’envole. Nous attendons qu’ils soient prêts.
Voilà ce que j’ai essayé de dire dans mes poèmes. Souvenirs d’enfance mêlés à l’observation de mes enfants. Accompagnement en tant que parents dans le développement spécifique de mes enfants. Bonne lecture.




Derniers Commentaires