Samedi 11 février 2012 6 11 /02 /Fév /2012 18:01

doula 3.234101330 std  

 

            Être ébahi par ce qui devrait être normal…

 

 

            Dès que je demandais quelque chose lors de ma première grossesse ou que j’émettais un quelconque doute, les soignants me prenaient un peu de haut des « oui oui » sans vraiment m’écouter, des « on verra bien », des « mais rassurez-vous »,… autant de petites phrases pour éviter de répondre aux questions, de me prendre au sérieux, de se remettre en question et d’interroger un peu leurs habitudes. Après tout qu’est-ce que je pouvais bien en savoir moi ?

 

 

            Ma seconde grossesse, j’ai beaucoup parlé avec ma sage-femme. Mais des blocages, du à ce premier suivi et à la culture de la blouse toute puissante que nous avons en France, sont restés. Il y a certaines choses dont je n’ai pas osé parler, des demandes que je n’ai pas oser faire de peur qu’on m’abandonne, qu’on me juge incapable d’aller jusqu’au bout de mon projet (AAD ).

 

            Je n’ai pas formulé mes peurs sur la douleur et elles m’ont bloquée lors de la naissance. J’avais peur d’entendre « attends tu veux accoucher à la maison assume un peu ! », « si tu as peur, va à la maternité et prend la péridural et nous saoule pas »… En outre, la première sage-femme rencontrée pour notre projet AAD, nous avait dit que les femmes qu’elles suivaient étaient des athlètes, qu’il fallait qu’elles se mettent dans cet état d’esprit pour réussir et qu’elle suivait seulement les femmes qu’elles pensaient assez fortes pour le vivre jusqu’au bout. Surtout, si quoi que ce soit compromettait l’AAD (choix ou impératif de santé), elle passait le dossier à quelqu’un d’autre et ne suivait plus le couple (alors que ma sage-femme nous suivrait jusqu’au bout si on le désirait quoi qu’il arrive). J’ai vraiment eu l’impression que les faiblesses, les failles,… n’étaient pas admises. Il fallait être fort en toute circonstance. Ne pas aller au fin fond de ces failles, ne pas aller chercher pourquoi elles étaient là, mettre un voile dessus et ne plus y penser…  Alors que j’en avais un tas des failles, de blessures pas encore cicatrisées,… et c’est aller au bout de tout ça qui m’a permis de trouver la force en moi.

Mais je n’ai donc pas osé parler de la « faille suprême » de l’accouchement naturel pour moi : la douleur ou plutôt ne pas savoir la gérer. Que penserait-elle de moi, ma sage-femme, si j’avais peur que le bébé me fasse mal, que les contractions me submergent et que je ne sois pas capable d’aller au bout ? Je n’ai rien dit. J’ai foncé tête baissée. J’ai gardé ces peurs honteuses pour moi et j’ai tout hurlé lors de la naissance. Heureusement j’ai réussi à faire tomber les dernières barrières ce jour-là.

 

            Pendant cette deuxième grossesse, il en fut de même pour certaines interrogations. Je n’ai pas pensé à demander ce qu’elle faisait pour l’expulsion du placenta, que j’ai trouvé trop rapide au final. Je n’étais pas prête. Mais je n’étais pas en état de le verbaliser juste après la naissance.

Je n’ai pas non plus pensé à demander ce qu’elle ferait en cas de déchirure et j’ai déchiré.

Pour ce troisième accouchement, il était important pour moi de verbaliser tout ça. Parler de la douleur, surtout que je sais un peu vers où je vais cette fois. Je sais que l’intensité peut être extrême et, forcément, parfois cela me fait peur. Mais je n’imagine pas d’autre chose pour la naissance de mon enfant. Je n’imagine pas ne pas aller au bout de moi-même et de mes ressources parce que, lors de mon deuxième accouchement, j’ai appris que la naissance n’était pas seulement celui d’un enfant mais celui d’une mère (et d’un père quand on voit la présence incroyable de mon homme, en total symbiose avec moi). J’ai laissé mon bébé faire son propre chemin, à son propre rythme et mon corps faire ce qu’il a à faire. J’ai fait le mien en même temps et pour rien au monde je n’échangerai cela.

            J’ai donc eu besoin de parler avec ma sage-femme de ce qu’elle avait fait après la sorti de mon bébé. Besoin d’entendre pourquoi et de comprendre. Besoin de poser mes souhaits et de l’entendre m’expliquer dans quelles mesures ils seraient réalisables ou non. Et même si, depuis plus de 3 ans, elle m’a prouvé (cela va même au-delà) que je pouvais entièrement lui faire confiance, j’avais peur. Peur qu’elle ne veuille pas se remettre en question, peur qu’elle me dise « c’est comme ça et puis c’est tout ». Elle m’a expliqué ses propres limites et du pourquoi de ces limites. Elle est allée regarder mon dossier pour voir à quel moment le placenta était sorti. Et elle m’a dit « ah oui effectivement c’était assez tôt. J’ai du croire que vous étiez prête, que c’était le moment. » A ce moment, nous nous sommes mis à discuter d’attendre un peu plus longtemps ou d’au moins me poser la question pour être sûre que je sois prête et que ça soit mon moment, tant que nous étions toujours dans son temps à elle.

Pour les sutures en cas de déchirure, je lui ai dis que je préférais éviter les points si elle était faible. Je la laisserai juger sur le moment bien sûr, mais que si on pouvait éviter les points je préférais autant. Quoi qu’il arrive, je souhaitais y mettre un bout de placenta pour aider à la cicatrisation.

Elle a accepté de revenir sur ces moments avec moi, de remettre en question le fait que ça ne me convenait peut-être pas et qu’elle ne l’avait pas compris (mais bon je ne l’avais pas dit et elle n’est pas médium hein). Tout ça a été dit sans animosité, accueilli avec respect, d’un coté comme de l’autre. Elle m’a dit que ce genre de conversation était toujours bénéfique. Pour moi de poser mes souhaits et pour elle de le savoir. Nous avions encore beaucoup de temps pour creuser, pour aller plus loin, si je le voulais. Si tout n’avait peut-être pas encore été dit. J’allais peut-être évoluer peut-être encore plus. Elle allait intégrer tout ça parce que chaque maman est différente et parce que cela peut lui apporter un questionnement là où il n’y en aurait peut-être jamais eu justement.

Pas de jugement, un vrai échange. Elle a écouté mes demandes et les intègre dans ce qu’elle sait, dans ce qu’elle fait et réfléchit à ses propres limites. Tout ça n’a nullement remis en cause que la naissance avait été pour moi idéale, qu’elle avait juste été parfaite, que ma sage-femme et mon compagnon m’avaient accompagnée au-delà de ce que je pouvais imaginer. Il y a trois ans j’ai tout simplement vécu des choses et pu définir encore un peu plus ce que je voulais. Qui plus est, j’ai encore évoluée depuis trois ans, c’est une nouvelle histoire. Et comme je l’ai dit à ma sage-femme, lors de cette naissance il n’y a jamais eu d’humiliations, … le respect à toujours dirigés ses actes. Pour les sutures par exemple, elle a pris tout son temps parce que j’avais du mal à supporter qu’on me touche, sans jamais émettre un seul jugement sur mon comportement. Je venais de donner naissance à mon fils et je voulais juste qu’on me laisse tranquille. Elle m’a encouragé, fait des pauses et m’a rassuré en disant que bientôt ça serait fini. En me comprenant, elle me donnait encore un peu plus de force pour aller un peu plus loin.

 

 

J’étais en face d’une personne d’une modestie et d’une bienveillance qui devrait juste être normale. Mais comme je l’ai rarement rencontré autre part, j’en suis totalement émue à chaque fois.  Ce fut un échange entre un soignant et son patient où le premier explique des choses médicales au dernier, les choix qui sont possible et qui le laisse maître de ceux-là.

 

 

 

 

 

Par julie - Publié dans : grossesse, naissance, éducation,...
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Présentation

Nos coordonées

E-mail du blog:

En raison de beaucoup d'e-mails douteux, je ne livre plus mon adresse mail. Passez par le formulaire du blog pour me joindre.

 

Suivre nos actualités:

Le petit monde de Julie est sur facebook

Vous pouvez aussi vous inscrire à la newsletter à la fin de la page.

 

E-mail de l'association:

En raison de beaucoup d'e-mails douteux, je ne livre plus mon adresse mail. Passez par le formulaire du blog pour me joindre. Une page facebook est en création, ainsi qu'une nouvelle adresse mail. Merci

 

 

 

 


Profil

  • julie
  • Le petit monde de Julie
  • maman enfance maternité allaitement accouchement
  • Je suis touche à tout... entre écriture, la toute jeune branche de l'association "le petit hérisson bleu" et ma vie de famille, de femme...

J'aime vos commentaires!

N'hésitez pas à me laisser des commentaires. Mon blog et moi on aime ça

 

Hellocoton

Rechercher

Derniers Commentaires

Partager

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés