Nous étions un beau matin de printemps. La rosée gouttelait de partout. Une brise légère faisait s’envoler l’odeur des fleurs.
Maman Cane pondait ses œufs entourés des ailes de Papa Canard, son époux. Au bout de quelques minutes maman Cane couvaient quatre beaux œufs.
Elle et papa Canard étaient fiers et heureux.
Maman Cane couvait tendrement ses œufs pendant que papa Canard s’occupait de la protéger et de lui apporter à manger. Quand elle avait besoin de se dégourdir les
pattes, de nager ou de cancaner avec le reste de la marre, papa Canard se posait tendrement sur ses petits œufs. La vie était belle pour ces deux canards amoureux qui couvaient leurs œufs.
Un matin papa Canard revint, non pas avec le petit déjeuner, mais en poussant un gros œuf.
« Mais qu’est-ce que
c’est demanda maman Cane.
-Il n’est pas à nous celui
là ?
-Non ! J’ai bien mes
quatre petits dans mon nid !
-Tu es sûre ?
-Oui, j’en suis sûr.
D’autant plus que cet œuf ne ressemble pas aux nôtres !
-Bizarre il était en bas
de « notre » pente qui amène à la marre. Je me demande qui l'a perdu. »
Il se mit à pousser l’œuf dans l’autre sens.
« Que fais-tu ?
demanda Maman Cane.
-Bah ! Je vais
chercher qui la perdu !
-Avec l’œuf ?!
-C’est
gênant ?
-Aimerais-tu que quelqu’un
promène nos œufs partout ? Il a besoin de chaleur ce petit. Viens faire un peu de place dans notre nid. Il sera bien avec nos petits. »
Papa Canard et maman Cane travaillèrent dans leur nid quelques minutes. Maman cane attrapa délicatement le gros œuf et le posa à côté des siens. Elle s’installa sur
les cinq et dit au revoir à son époux.
Papa Canard parti au moment où Maman Cane caressait leur petit protégé en lui disant :
« Ne t’inquiète pas
mon tout petit, nous allons retrouver tes parents. Tu vas passer quelques temps dans mon nid avec mes petits. »
Elle se mit à chanter une berceuse pour les cinq œufs.
Papa Canard fit le tour de la marre. Il commença par les autres canards. Mais aucun n’avait égaré
d’œufs.
Il alla ensuite voir les poules d’eau. Mais aucune n’avait perdu d’œufs. Il alla voir les hérons. Mais aucun de leur œufs ne manquaient à l’appel.
Il s’éloigna donc de la marre et parti dans le poulailler de la ferme.
Mais ni madame Poule, ni madame Oie, ni madame Pintade n’avait égaré d’œufs. Tout avait été ramassé par le fermier. Peut-être que lui en avait égaré un ! Papa
Canard leur décrivit donc.
« Non, ce n’est pas
un des miens » répondirent-elles en cœur.
Quand il rentra chez lui, la nuit était tombée depuis longtemps. La fraicheur avait envahit la
campagne. Sa femme l’attendait. Quand elle le vit revenir seul, elle comprit. Elle se senti si triste pour ce petit œuf. Où était passé sa famille ? Elle colla sa tête contre lui et pleura.
Papa Canard consola sa femme avec son aile. Ils restèrent silencieux un moment. C’est lui qui rompit le silence :
« Ce doit être l’œuf
d’un oiseau migrateur.
-Quelle maman pourrait
ainsi laisser son petit tout seul ? Il lui faut une nouvelle maman.
-Tu ne penses quand même
pas à garder cet œuf ! Je savais que je n’aurais pas du te dire oui pour le mettre dans notre nid !
-Qui d’autre s’en
occupera ?
-On ne sait même pas de
quelle espèce il est ! C’est peut-être un œuf de crocodile !
-Tu as déjà vu beaucoup de
crocodile par ici ? »
Papa Canard réfléchit.
« On le couve et dès
qu’on connait son espèce on lui trouve une famille qui lui ressemble.
-Tu penses vraiment que je
pourrais couver un petit et ne pas l’élever ?!
-Si c’était un de nos œufs
tu ne voudrais pas qu’il soit élevé par des canards ?
-Je voudrais qu’il soit
recueilli par des gens qui l’aiment ! Et de toutes façon MOI je prends soin de mes œufs ! Viens avec nous dans le nid et blotti toi contre lui. »
Papa Canard s’installa contre sa compagne et essaya de se détendre. Pourrait-il aimer ce petit comme les autres ? Cinq canetons n’est-ce pas de trop ? Et
si ce cinquième réclamait beaucoup trop à manger ? Mais que faire de cet œuf s’il ne s’en occupe pas ? Les œufs-canards se mirent à bouger.
« Ils bougent
déjà ?
-Oui. C’est
magique ! »
Mais le gros œuf n’avait pas bougé.
« Pourquoi il ne
bouge pas celui-là ?
-On ne sait pas quand il a
été pondu et s’il se développe comme ceux des canards.
-Pour lui on ne sait pas
ce qui est normal ou non. C’est inquiétant.
- Couvons-le et nous
verrons bien ! Si c’était un des autres œufs qui n’avait pas bougé, voudrais-tu que j’arrête de le couver ?
-Non !
-Si c’était notre petit
qui était perdue voudrais-tu qu’il soit délaissé ?
-Et si sa maman revient un
jour ?
-C’est un risque à
prendre. Ce sera à lui de choisir. »
Papa Canard couva un moment silencieusement. Puis il embrassa Maman Cane et dit :
« Cinq œufs c’est
bien aussi ! »
Ils s’endormirent couvant leurs cinq petits.
A suivre,...
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